Merci Emmanuel pour cette jolie prose qui rappelle les exercices que l'on voit parfois destinés à nous prouver que l'ordre des lettres n'a pas grande importance pour la compréhension d'un texte...Charles
C'est un test pour vérifier que l'on suit bien la conversation ;-)MarcN
Je nettoyais ma souris, et le clic est parti !
(il restait pas mal de lignes à faire)-----------
On reprend (merci à Pierre L pour sa patience et son appréciation)
de Pierre L
.... l'oeil et les capteurs ... interprètent les différentes couleurs d'ondes comme des couleurs. .. Le plus simple à comprendre c'est le fonctionnement d'un détecteur silicium, parce qu'on peut parler en unités photométriques énergétiques, incontestables, mesurables. Le silicium des capteurs, quelle que soit l'architecture du capteur, qu'il soit CCD ou CMOS dans un capteur d'images, ou que ce soit un simple élément comme dans un posemètre, est sensible à la lumière à cause de l'effet photoélectrique.
Un photon se transforme en un électron, avec une certaine probabilité qui n'est pas de 100%, il y a des photons perdus, mais une fois le photo-électron capturé d'une façon ou d'une autre, on a perdu l'information sur la longueur d'onde du photon incident. Les électrons, bien qu'il soient souvent représentes en vert dans l'imagerie populaire, n'ont pas de « couleur » !
Donc dans un capteur d'images en couleurs, on place des filtres devant les éléments sensibles, ce sont des filtres à bande relativement large, comme dans une gélatine Wratten, rouge, vert et bleu, pour enregistrer trois sous-images que l'on va ensuite recombiner pour donner, soit un affichage sur un écran couleur, soit une impression colorée sur papier.
Il se trouve que le silicium est beaucoup plus sensible dans le rouge et le proche infra-rouge que l'oeil humain. Pour recentrer cette sensibilité du détecteur photoélectrique autour de 550 nm qui est le maximum de sensibilité de l'oeil humain en vision de jour, on avait coutume au siècle dernier, lorsque le silicium a commencé à supplanter les photo-résistances CdS et les éléments sélénium, de filtrer le silicium en bleu pour raboter son excès de sensibilité au rouge et à l'infra rouge. D'où les trois lettres « SBC », « Silicon Blue Cell » que les services commerciaux étazuniens avaient ajoutées aux différentes dénominations des posemètres Gossen, qui ne s'appelaient pas Lunasix aux É-U (pour des raisons euphoniques que j'ai peur de deviner).
Le lien avec la vision humaine est le suivant.
En vision de jour, la détection des images rétiniennes et la vision des couleurs s'effectue par trois familles de cellules (au sens biologique du terme) photosensibles, qu'on appelle les cônes. Il y a les cônes sensibles au bleu, les cônes sensibles au vert, les cônes sensibles au rouge.
En vision de jour ces cônes nous donnent la vision des couleurs par synthèse physiologique trichrome. Tous les systèmes d'enregistrement des couleurs basés sur une synthèse trichrome utilisent le fait que trois bandes colorées sont suffisantes pour reconstituer presque toutes les couleurs visibles.
Les systèmes d'enregistrement des couleurs qui ne sont pas basés sur une séparation et une synthèse trichrome sont rares, mentionnons les photos Lippmann qui enregistrent et sont capables de restituer une gamme continue de longueurs d'onde [de la lumière visible !], la photo couleur Lippmann ne procède pas par séparation et synthèse trichrome.
En vision de nuit humaine, c'est une autre famille de cellules plus sensibles qui prend le relais : les bâtonnets ; mais il n'y en a qu'une seule sorte, dont la sensibilité est maximale autour de 500 nm, en vision de jour cette longueur d'onde est un vert légèrement bleuté.
Ces courbes ...
http://dico-sciences-animales.cirad.fr/photos/anato/cones3homme-openstaxcollege2013ccsa30.jpg... nous donnent les courbes de sensibilité des cônes (3 courbes,
cones en anglais) et des bâtonnets (une seule courbe, en pointillé,
rods en anglais).
La sensibilité des cônes « bleus » est apparemment bien meilleure que celle des bâtonnets, mais ces courbes ne sont pas des courbes de sensibilité absolue.
Ces autres courbes donnent une meilleure idée de la supériorité des bâtonnets sur les cônes en termes de nombre de photons par seconde tombant sur une cellule, cône ou bâtonnet, nécessaires à rendre une scène visible.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/45/Efficacit%C3%A9_lumineuse_relative_spectrale_k.jpg?1595506600729Glossaire
- vision de jour = vision photopique = les cônes sont en action - les bâtonnets sont saturés et inactifs ;
- vision de nuit = vision scotopique = les cônes ne voient rien en-dessous de 10 photons par cellule et par seconde - les bâtonnets sont en action, jusqu'à environ 500 photons par cellule et par seconde - le seuil de détection, environ 1000 fois plus faible, correspond à moins de 1 photon par seconde et par bâtonnet !!
Reste la question de la vision humaine des couleurs.
Tout serait simple s'il n'y avait pas un phénomène physiologique appelé : la persistance des couleurs.
Voir cette page wiki :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Constance_de_couleurPour résumer une question extraordinairement complexe :
1/ oui, l'oeil humain associe une couleur à une longueur d'onde visible ; une tache monochromatique de pointeur laser rouge est bien rouge, une tache de pointeur laser vert est bien verte ;
2/ mais lorsqu'on observe des plages colorées éclairées en lumière « blanche », comme un tableau, les couleurs telles que l'oeil humain les perçoit sont remarquablement « constantes » même si la température de couleur de l'éclairage varie énormément. Parmi ceux qui ont essaye de comprendre et de modéliser le phénomène, il y a M. Edwin Land de chez Pola, avec sa théorie dite « RETINEX ». J'arrête là !
Un dernier mot : on a une situation un peu analogue avec la perception des sons musicaux. En première approximation, l'oreille humaine se comporte comme un analyseur des fréquences audibles, donc un la-3 sinusoïdal à 440 Hz issu d'un oscillateur électronique [le signal électrique sinusoïdal est l'analogue de la tache laser monochromatique pour l'oeil] est bien perçu comme un la-3 ; la notion physiologique de hauteur d'un son est bien liée à la fréquence de la composante de Fourier fondamentale du son ... (mais il y a des contre-exemples fameux, les sons graves des grands tuyaux d'orgue dont le fondamental est absent !).
Un hautbois qui donne le la-3 pour que l'orchestre s'accorde, émet un large spectre, riche en harmoniques, mais l'oreille le reconnaît bien comme un la-3 émis par un hautbois. Il y a bien plus, dans l'acoustique physiologique, qu'une simple analyse de Fourier comme on le ferait en branchant un analyseur de spectre électronique sur un signal provenant d'un son transcrit par un microphone. En particulier, les attaques et la décroissance d'un son musical, sont très importantes : la légende dit que si vous trafiquez un enregistrement de piano en coupant toutes les attaques, en ne laissant que la décroissance de chaque note, il reste quelque chose qui sonne un peu comme
de l'accordéon ! Fureur salle Gaveau, applaudissements rue de Lappe !
E.B.Modifié 5 fois. Dernière modification le 23/07/20 17:38 par Emmanuel Bigler (modérateur).
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