Bjr
La 300 ème photo a été publiée, il y a qques jours.
Son auteur a reçu un mini-interview que nous publierons sur le site "Les mots d'argent" et ici même.
Lors de la 100 ème participation, L. nous avait proposé sa vision de la photographie; c'était il y a un peu plus d'un an...
"C'est à l'occasion de la 100 ème photo publiée que L s'est vu attribuer la surprise et la lourde tâche de répondre à un petit interview, entre nous.
1. Comment êtes-vous venu au monde de la photographie argentique et à quel moment avez-vous découvert votre passion ?
Comme tous les enfants, avant de savoir écrire, ils dessinent ; certains abandonnent en grandissant, d’autres continuent, ce qui est mon cas. Ensuite, mon premier véritable et unique « cours » de dessin remonte à mes sept ou huit ans. À la campagne, dans une même classe où se côtoyaient trois niveaux de scolarité, le « maître » nous avait demandé de dessiner de visu feuilles et fleurs de cerisier et d’y adjoindre une nomenclature descriptive. Installé à côté du cancre de service, je remarquais vite que mon « œuvre » était plutôt minable comparée à celle, sublime, de ce voisin sans qualités. « – Mais comment fais-tu ? », lui dis-je à voix basse. La réponse, immédiate, fut tranchante : « – Regarde et dessine ce que tu vois ». (Ce qui est encore plus vrai pour la photographie : regarder, capturer.)
Entre temps, ma grand-mère maternelle décède et j’hérite de son Kodak Beau Brownie n° 2 mais, trop jeune, ma mère ne me le remet en mains qu’à mes dix ans. Premières photographies mais les images obtenues sont quasi inexistantes, personne autour de moi ne connait le maniement, pourtant simple, de l’appareil. Puis, après un déménagement, nous habitons proche d’un photographe de quartier – merci, Amédé Neveu – qui me livrera les premières clés de l’aventure photographique et à qui je dois ma formation (en copiant les cours « Louis Lumière » de ses apprentis).
Quant à ce que vous nommez « photographie argentique », il s’agit simplement de « photographie » car si vous faites allusion au « numérique » – qui est une découverte remarquable –, cela est tellement différent que je préfère utiliser pour lui le terme de « numérigraphie ». L’un est aux antipodes de l’autre, les deux ayant raison d’être.
2. Qui vous a inspiré le plus ?
Voici une question à laquelle je ne puis répondre tant une conjugaison de grands auteurs ont façonné mon regard. Pour la mise en scène, probablement est-ce Giotto à moins que cela ne soit Watteau, les deux sans doute ; en sciences, ce pourrait être Pline ou Linné, voire Imanishi Kinji, Arne Næss ; pour le corps, Zeami, Mishima ; les histoires, Christian Boltanski, Pasolini, Philipp Guston et Jean-Jacques Rousseau ; le cadrage, Raymond Roussel ; la couleur, Yves Klein et Twombly ; le paysage, Francesco Colonna, Augustin Berque…
3. Comment travaillez-vous en argentique, avant, pendant et après ?
Avant, je procède systématiquement à un repérage afin de construire ma composition ; en un second temps je convoque les protagonistes éventuels et fais en sorte de pouvoir conduire la prise de vues. Pendant, j’appuie sur le bouton ou utilise le retardateur (lorsque je pose pour moi). L’après arrive lorsque je tiens le support révélé et fixé et là prend fin l’aventure. L’après « après », concerne la montrance : soit je numérise en basse définition pour avoir une vue à échanger avec mon public (comparable à un tirage de lecture, comme je le fais sur ce blogue), soit je fais effectuer un tirage traditionnel, de taille très variable et en accord avec le sujet, destiné à un petit réseau de regardeurs et de collectionneurs.
4. Comment décrivez-vous votre style photographique ?
Le décrire m’est difficile cependant ce pourrait être la mise en scène d’une démarche scientifique détournée, voire engagée, à caractère ludique.
5. Intimement, quels sont les moments, lieux, circonstances ou sujets qui vous font prendre une vue ?
Les moments sont toujours liés aux saisons, même lorsque mes espaces sont intérieurs. Il me serait impossible d’utiliser une lumière artificielle en désaccord avec la lumière du jour de l’instant (dans l’esprit du « Dogme 95 »… mais je ne photographie jamais à main levée !).
Les lieux. Lors de déplacements ou lieux de vie, je m’imprègne de ce qui est autour de moi et prends des notes (mémoire, croquis, descriptifs ou photographies préparatoires). Une histoire commence à naître et j’imagine une scène, cherche les corps les plus aptes à rendre mon propos ; le titre apparait à ce moment et ne fait qu’un avec l’image. Il peut s’écouler peu de temps ou, au contraire, plusieurs années entre les préliminaires et la réalisation.
Les circonstances. Comme dans tous les actes de la vie, le hasard à bon dos.
Les sujets. Mon travail se tourne résolument vers le Corps (je vis avec lui et, petit à petit, m’y suis habitué), la Nature (comme un habitat), le Corps dans la Nature (symbiose). Il m’est nécessaire aussi de connaître les personnes que je photographie impossible donc d’avoir recours à un « modèle ». Quant à ma représentation dans l’image, « il » accepte tous les sujets, à n’importe quel instant.
6. Qu’est-ce que, pour vous, une belle photo ?
Une « belle photo », est une prouesse technique ; par contre, une belle photographie, comme une belle musique, chorégraphie, peinture, est une création où la technique est celle du média mais où l’histoire et la légèreté de l’auteur prédominent.
7. Que vous apporte la photographie ?
Cela me permet de survivre dans un quotidien hostile.
8. Des projets d’avenir ?
Continuer à jouer aussi longtemps que mon corps le supportera.
Lorenzato, le 12 juin 2017"
A +
franville
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